Opération TIGER                                     
Prévue par le SHAEF du 22 au 30 Avril 1944 pour une dernière répétition avant le débarquement de Normandie, l’opération Neptune a failli compromettre ce dernier.
Il était envisagé un exercice de débarquement de matériel lourd avec un convoi de 8 km composé de 9 bateaux, le 21 Avril 1944. Le lieu choisi était la plage de Slapton Sands dans le comté de Devon (Sud- Ouest de la Grande Bretagne) ressemblant à Omaha et Uta Beach, topographie et qualité du sable. Quelques 300 navires de guerre furent aussi mobilisés. Les 3 000 habitants furent expulsés pour 1 an le 20 décembre 1943 et remplacés par 30 000 soldats. Sans compter les 500 « ennemis américains » prévus pour la défense de ces plages du Devonshire. Les routes furent fermées ainsi que les lieux publics. Les soldats alliés tinrent le rôle des allemands pour une opération tenue secrète et faite en conditions réelles.
Pendant ce temps 9 vedettes lance-torpilles allemandes de la 17 éme escadre quittent le port de Cherbourg pour intercepter des convois aperçus et signalés vers la presqu’ile de Portland. Mais un épais brouillard fait rater la manœuvre, hélas le hasard voulu qu’elles rencontrent 8 gros LST (Landing Ship Tank) américains en répétition, escortés seulement d’une corvette du HMS Azalea anglaise. Les radios US et anglaises n’étaient pas sur la même fréquence. Il manquait un destroyer anglais de protection le HMS Scimitar reparti au port juste après le départ pour avarie suite à une collision et non remplacé, personne n’ayant averti l’état-major concerné.
La lenteur du convoi fit que les rapides vedettes allemandes S-Boote purent, lors d’une deuxième attaque (la 1ére ayant échouée) torpiller et couler les LST 507 et 531 puis endommager LST 289 (voir photo ci-dessous).
                                                  Un manque de coordination entre l’US Navy et la Royal Navy ne signalant pas ces vedettes allemandes occasionna la mort de 749 hommes (551 soldats et 198 marins) en ¼ d’heure et plus de 100 blessés voire 500, et ceci d’autant que beaucoup n’avaient pas passé leur gilet de sauvetage (Mae West) et de surcroît le poids de leur équipement de combat les entraîna sous l’eau.
Les familles de ces morts ont reçu des faire-part de décès sans aucune explication.
Le général EISENHOWER ne donna l’ordre des recherches et secours que plus tard à l’aube, donc trop tardifs pour espérer sauver quelques hommes.
Grande inquiétude ensuite car 10 officiers détenaient sur eux les plans partiels du débarquement de Normandie ainsi que des données secrètes (code « bigot »). Certains témoins ayant assisté à ce désastre furent menacés de la cour martiale s’ils révélaient ce qu’ils avaient vu.
Les alliés avaient lancé le plan d’intox « fortitude » faisant croire à un possible débarquement vers Calais et craignaient que les allemands, après avoir recueillis des naufragés, ne soient en possession de ces documents secrets ce qui aurait réduit à néant « l’intox » et compliqué les plans du débarquement du 6  juin 44.
Les cadavres et les plans furent récupérés dans la baie de Lyme, permettant ainsi de lancer l’ordre du débarquement en Normandie.
Ces événements conduisirent le SHAEF à la mise au point de certains domaines : entraînement pour les gilets de sauvetage, standardisation des fréquences radio, le sauvetage de naufragés et la coordination entre les états-majors alliés de la marine et de l’aviation.
Ce n’est seulement qu’à partir de 1984 que ces faits ont été connus suite à l’ouverture des archives de 27 et 28 avril 1944 par les américains.
 
Nda : sources diverses. Les chiffres donnés sont quelquefois approximatifs et varient selon la source.
          HMS: Her Majesty’s Ship   
          SHAEF: Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (Quartier Général des Forces Alliées)
 

 la stèle commémorative de “TIGER”

                                          un des LST américains

                     

                                                                                                 la plage de Slapton Sands