Ce récit retrace sous la plume de NEO les grandes heures de notre Histoire, avec modestie !
Chers lecteurs, allez jusqu’au bout de ce récit ! Il retrace en quelques pages des parcours souvent oubliés

La campagne d’Italie

Des couples se forment dans cette tourmente, des familles naissent !
Mais nous percevons toujours le même souhait de ces Héros à qui nous devons la LIBERTE
Eviter de parler aux descendants, jeter un voile pudique sur ces heures sombres et glorieuses à la fois.

Alors, Monsieur le Président Macron, Madame la Ministre Darrieussecq, ne vous étonnez pas que nous les Pupilles de la Nation, nous les orphelins de guerre nous voulions rompre ce silence, panser nos plaies et pour lever ce voile avant notre dernier souffle, réclamons réparation et exigeons que vous entendiez notre souffrance !

Témoignage rédigé des suites de ma rencontre avec Alice Peltier le 22 octobre 2019, en présence de sa fille Éliane.

NEO VERRIEST

 

Alice Peltier,

« De Bizerte à Strasbourg, en passant par Monte Cassino, épopée d’une jeune engagée volontaire, débarquée sur le sol de France »

Engagée volontaire à 18 ans au sein du 27ème Régiment de Train, en qualité de conductrice ambulancière de 2ème classe, dépendant de la première Armée Française, débarquée en Italie puis en Provence

 

 

« Je suis née Aliturki, le 24 septembre 1924 à Marseillan, dans l’Hérault.

Mon grand-père était depuis plusieurs années installé en Afrique Française du Nord, nommé gendarme en Algérie, je le rejoins à 4 ans, en 1928. Je n’ai que 15 ans lorsque la France est plongée dans le désarroi de la défaite, près de deux millions de Français sont faits prisonniers de guerre, les armées nazies envahissent la zone nord, un pouvoir autoritaire est installé en zone sud sous le couvert du Maréchal Pétain, l’Alsace et la Moselle redeviennent allemandes, vingt ans après leur libération, en 1918. Bercée par un patriotisme ardent, presque évident dans ma famille, nous avons dès cette sombre année 1940 à cœur de poursuivre la lutte armée contre l’ennemi. La vie poursuit son cours, alors que l’Algérie est sous administration vichyssoise heureusement pour les Alliés non-occupée par les troupes allemandes. En novembre 1942, nos Alliés anglo-américains débarquent en Afrique Française du Nord, c’est l’opération « Torch ». Ils s’y installent, les autorités gaulliennes peinent à faire de même. Je n’ai que 17 ans, je suis alors en pleine apprentissage d’un métier. Pourtant, c’est très naturellement que je m’engage volontairement, comme le restant de ma famille dans les unités libératrices, pour la durée de la guerre. Nous sommes le 15 août 1943, j’ai 18 ans et demi. Mon frère intègre la France Libre, au sein de la première Division Française Libre (DFL), qui n’a jamais cessé le combat depuis juin 1940. J’intègre une formation de la future armée-B, le 27ème Régiment de Train, compagnie sanitaire stationnée à Alger, en qualité de conductrice ambulancière de 2ème classe. Nous recevons comme les hommes une formation militaire, d’une part, de conductrice d’autre part.  Se constitue alors le Corps Expéditionnaire Français, qui partira pour la campagne d’Italie.

 J’embarque à Bizerte le 23 novembre 1943. Trois jours de voyage avec des femmes que je ne connais qu’à peine, mais qui partageront une partie importante de ma vie… Je débarque fin novembre à Mandoloni, seul village italien déjà libéré. Tout se précipite pour nous… Je suis détachée début décembre à l’hôpital 422 pour prendre en charge les blessés qui commencent à affluer, affectée par la suite au bataillon médical n°9 dans le courant du mois de décembre. Plutôt que de rester au sein des hôpitaux militaires, notre qualité de conductrice ambulancière nous mène au plus près des blessés sur le champ même de bataille, un rôle à risque, les Allemands se doutant que nous ne sommes pas de la Croix-Rouge ! Une camarade qui déchargeait les blessés s’est fait tirer dessus par les Allemands à Venafro, au niveau du PC du Corps Expéditionnaire… Nous sommes nombreuses dans le 27ème Régiment de Train mais ma position de conductrice ambulancière et mon sacré tempérament me propulsent beaucoup plus vite que d’autres, caporale. Mon amie Germaine a 35 ans, soit quinze ans de plus que moi, ce qui ne l’empêche pas d’être sous mes ordres ! Je n’en ai jamais profité pour autre chose que pour réaliser notre impérieuse tâche, nous nous devons d’être sérieuses. Nous sommes et nous devons rester simples, notre groupe très soudé ne se met pas pour autant en avant. Sans cesse au-devant dans le champ d’honneur, nous n’avons rien à envier aux Rochambelles, ces filles de la « bonne société » servant dans la division blindée du Général Leclerc, débarquée pendant l’été 1944 en Normandie. Bien que tenant les mêmes postes, les « Rochambelles » restent à l’arrière pour ne pas salir leurs élégantes tenues. Nous, nous nous débrouillons avec ce que l’on nous donne et ce que l’on trouve, nombre de vêtements ayant déjà été portés par des camarades, des tenues militaires rafistolées avec des bouts de tissus !

Alice et son ambulance, 1944

En janvier 1944, je rejoins ma compagnie et, deux jours plus tard débute la bataille de Monte Cassino. La première bataille sera un premier échec durant lequel les tirailleurs algériens seront les seuls à se démarquer sur la ligne Gustave.

Initialement, le plan prévoit que le Corps Expéditionnaire Français opère une attaque de diversion visant à déborder Cassino par la montagne, au nord-est, en atteignant Atina par le mont Santa Croce et le Carella ; tandis que le 2ème corps américain, avec une partie de la 1ère division de chars, marche sur les villes de Cassino et de Sant’Angelo, et que le 10ème corps britannique progresse vers Minturno. Lors de la première phase de la réalisation des opérations, le 10ème corps britannique du général McCreery parvient à franchir le fleuve Garigliano, près de son embouchure. Il arrive le 19 janvier près de Castelforte. À partir du 20 janvier, les Allemands lancent des contre-attaques qui sont repoussées au bout de douze jours. Dans une seconde phase, le 2ème corps américain du général Keyes lance la 36ème division contre Sant’Angelo, appuyée par la 34ème division qui attaque Cassino. Le monastère nous échappe de peu.

Durant la deuxième bataille, les bombardements détruisent le monastère et ses alentours sur lesquels sont placés une poignée de mitrailleuses réalisant un massacre par son champ de vision et de tir. Nous avons beaucoup de mal à aller chercher les blessés car les sentiers escarpés sont facilement visibles du sommet. Même chez les ambulancières, certaines de mes camarades ont été visées par les Allemands. Nous ne sommes toujours pas membre de la Croix rouge ! Les mouvements sont neutralisés pendant trois semaines à cause du mauvais temps. Au même moment, je fais la rencontre d’un certain Gabriel Peltier, qui m’a prêté assistance lors d’un petit incident. Gabriel Peltier avait vu le jour sous la nationalité allemande, né le 3 mai 1917, originaire de Moselle, pays où l’on sait ce que cela signifie, LA FRANCE !!!!!!

 Engagé volontaire avant même la déclaration de guerre, c’était impensable pour lui d’arrêter la lutte avec nos dirigeants. Enfant de Sainte-Marie-aux-Chênes, il part dans l’Afrique Noire à 24 ans, rejoindre la France Libre du Général de Gaulle. Sa famille, restée en Moselle, subit de pleins fouets la politique nazie d’annexion, plusieurs membres de sa famille partent en déportation pour leur refus à l’annexion de fait et à la germanisation. Une enfant verra le jour peu avant la Libération des camps, toute sa vie elle restera profondément marquée de son vécu concentrationnaire. C’est ainsi que nous poursuivons ensemble la Campagne d’Italie au Mont Cassin…

Gabriel Peltier, années 1940

Notre plan d’attaque est de « briser les lignes de défense ennemies pour se diriger vers Rome ». En mai, ce sera au tour des troupes françaises du CEF de se distinguer avec les Polonais. Nous, fidèles conductrices ambulancières, soignons malgré les blockhaus, les lance-flammes mortels, les canons antichars destructeurs, les pièges, le tout au grand jour… Mon bataillon médical s’étend sur le front de Carigliano et de Castelforte, nous prenons position sur la tête de pont à Garigliano. Au cœur de la bataille, avec mon véhicule sanitaire, je forme les femmes aux gestes de premiers secours avec mon amie, ma camarade Solange Cuvillier… Dans ce champ de ruines, nous déplorons des dizaines de milliers de morts, un vrai massacre qui cessera le 20 mai, les Allemands battant en retraite. La bataille de Monte-Cassino est dûment gagnée.

Je rejoins ma compagnie le 5 juillet avant d’embarquer à Naples un mois plus tard, le 13 août. La prochaine opération sera le débarquement de Provence, l’opération « Dragooné, où nous serons des dizaines de milliers de Français à y participer, avec une réelle représentation contrairement au débarquement anglo-américain en Normandie. Le 15 août, les forces combattantes débarquent sur les plages varoises pour nous préparer le terrain. Je débarque quelques jours après, à Sainte Maxime, petite commune côtière varoise. Nous arrivons sur des territoires déjà libérés, ce qui nous permet de nous installer. Je suis détachée à l’hôpital 405 le 25 août. Nous prenons en charge les débarqués blessés, moins nombreux qu’aux précédentes opérations grâce à une bonne gestion des opérations. Je rejoins ma compagnie en septembre et nous participons à la Libération du territoire. Ainsi, la France est libérée par des Français. Des Français venus pour certains de métropole, mais surtout des Colonies ou d’Afrique Françaises du Nord, comme moi. Mon ambulance sera la même tout le long de la poursuite des campagnes, le 1erjanvier, je deviens… adjudant, à 20 ans. Nous approchons la Moselle, puis l’Alsace. A Strasbourg, avec Gabriel, nous résilions notre contrat le 1er mai, je suis rayée des contrôles de la compagnie sanitaire 531 le lendemain. Une semaine après arrive la Victoire, nous avons gagné la guerre. Contrairement aux Rochambelles, nous n’avons pas eu le prestige d’aller à Berchtesgaden, finir notre aventure au « nid d’aigle » d’Hitler, mais nous avons été auprès des soldats, prenant des risques énormes, comme à Monte Cassino.

Alice et ses camarades, 1944

J’ai 20 ans et demi et toute une vie devant moi. Je m’installe en Moselle avec Gabriel et, à peine un mois plus tard, nous nous marions le 20 juin. Mère au foyer, j’ai eu cinq magnifiques enfants. Jamais une fois, mon mari n’a voulu en parler devant eux, jusqu’à son décès en 1997, il refuse d’en dire un mot à ses enfants et préfère que je fasse de même. J’ai été de nombreuse fois récompensée pour mon parcours de 1942 à 1945, notamment de la Croix de Guerre 1939/1945 et de la Légion d’Honneur, à l’occasion des 70 ans de la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie. Je m’installe à Six-Fours-les-Plages, fidèle au Souvenir en faisant acte de présence aux cérémonies patriotiques et mémorielles sur la première Armée Française, dite « Rhin et Danube ». Fidélité également à mes dernières camarades, notamment Solange Cuvillier, parties les unes après les autres.

Le 11 novembre 1998, j’ai eu l’honneur de recevoir à Metz la Médaille Militaire entourée d’une douzaine de généraux, officiers… Ce jour-là, je suis la seule femme récompensée par le Général de Corps d’Armée Fleury, les autres médaillés étant des haut-gradés. L’ordre du jour du 12 novembre 1918 du maréchal Foch résonne comme il résonna en 1918 :

 

« Officiers, sous-officiers et soldats des armées alliées, après avoir résolument arrêté l’ennemi, vous l’avez pendant des mois, avec une foi et une énergie inlassable, attaqué sans répit. Vous avez gagné la plus grande bataille de l’histoire et sauvé la cause la plus sacrée : LA LIBERTE DU MONDE »

Nous, conductrices ambulancières de la 2ème classe du 27ème Régiment de Train, nous nous sommes engagés au péril de notre vie, pour défendre la Liberté du monde ».

Alice

 

« Ce n’est pas en améliorant une absurdité que l’on prouve une certaine intelligence : c’est en la supprimant. « 

Maréchal Jean de Lattre de Tassigny