C’est parfois grâce aux plus jeunes que notre mémoire s’enrichit de nouvelles découvertes.
Sur les indications d’un de mes petits fils, j’ai été amenée à m’ intéresser au parcours d’un résistant corse, dont l’engagement et le courage méritent d’être connus.
J’ai également découvert qu’il avait été Directeur de Cabinet du préfet du Doubs en 1936!
À travers son histoire, nous souhaitons rendre hommage à cet homme et faire vivre le souvenir de celles et ceux qui, au péril de leur vie, ont choisi de résister.
Une belle occasion de rappeler que la transmission de la mémoire se construit entre les générations.
Christiane Dormois

Un Corse, un Français libre, un résistant : un homme qui choisit le silence jusqu’au sacrifice
Godefroy François Jules Scamaroni, dit « Fred », naît à Ajaccio le 24 octobre 1914. Fils de préfet, il étudie le droit avant de s’orienter vers la carrière préfectorale. En 1936, il devient chef de cabinet du préfet du Doubs, puis poursuit son parcours administratif dans le Calvados.
Lorsque la guerre éclate en 1939, Fred Scamaroni refuse de demeurer à l’écart. Officier, il rejoint l’aviation et est blessé lors d’un combat aérien en mai 1940.
Le refus de la défaite
Après l’armistice de juin 1940, il prend une décision déterminante : poursuivre le combat aux côtés de la France libre. Le 21 juin 1940, il embarque pour l’Angleterre et gagne Londres quelques jours plus tard. Il s’engage alors dans les Forces françaises libres.
Il participe notamment à la tentative de ralliement de Dakar. Arrêté par les autorités de Vichy, condamné à mort puis finalement libéré, il reprend aussitôt son combat dans la clandestinité.
De retour en France, il participe à la création du réseau de renseignement « Copernic ». Rappelé à Londres, il rejoint ensuite le BCRA, le service de renseignement et d’action de la France libre, avec le grade de capitaine.
La mission en Corse
Pour le général de Gaulle, la Corse représente un enjeu stratégique majeur. Fred Scamaroni, enfant d’Ajaccio et officier de la France libre, comprend pleinement l’importance de son île dans la poursuite du combat.
Le 7 janvier 1943, il débarque clandestinement près d’Ajaccio à bord d’un sous-marin, sous l’identité du capitaine François Edmond Sévéri.
Sa mission est essentielle : développer le réseau R2 Corse, établir des liens entre les groupes clandestins, organiser le renseignement, préparer les parachutages d’armes et, surtout, chercher à unifier les différentes composantes de la Résistance corse afin de préparer la libération de l’île.
Arrêté et torturé, il ne parle pas
Malgré les précautions prises, le réseau de Scamaroni finit par être découvert. En mars 1943, son opérateur radio est arrêté par l’OVRA, la police politique italienne. Sous la torture, il finit par révéler le nom de son chef.
Fred Scamaroni est alors arrêté à Ajaccio. Emprisonné dans la citadelle, il subit à son tour de terribles tortures.
Mais il ne parle pas.
Pour protéger ses compagnons et ne livrer aucune information, il choisit de mettre fin à ses jours dans sa cellule. Il laisse un dernier message patriotique, écrit avec son sang :
« Vive la France, vive de Gaulle. »
Il meurt à Ajaccio en mars 1943, à l’âge de 28 ans seulement.
Un symbole de courage et de sacrifice
Fred Scamaroni est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 11 octobre 1943. Il reçoit également la Légion d’honneur, la Croix de guerre 1939-1945, ainsi que le Distinguished Service Order britannique.
Sa disparition n’interrompt pas l’élan de la Résistance corse. Quelques mois plus tard, en septembre-octobre 1943, la Corse se soulève et devient le premier territoire métropolitain libéré.
Fred Scamaroni fut bien plus qu’un résistant corse : il fut un homme de la France libre, chargé par de Gaulle de préparer et d’organiser la Résistance dans son île. Son parcours demeure un exemple de courage, de fidélité à la France et de sa
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