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Catherine DIOR
Ils l’ont torturée pendant 45 minutes, la maintenant sous l’eau jusqu’à la noyer presque.
Elle n’a jamais donné un seul nom.
Des années plus tard, son frère donna son nom au parfum le plus célèbre du monde.
Été 1944. Paris.
Catherine Dior fut emmenée au 180 rue de la Pompe, un élégant immeuble du 16ᵉ arrondissement transformé en centre de torture par des collaborateurs français travaillant pour la Gestapo.
Ils exigeaient des noms.
Qui faisait partie de son réseau de Résistance ?
Qui étaient ses contacts ?
Où se cachaient les autres ?
Catherine refusa.
Ils la frappèrent. La déshabillèrent. Lièrent ses mains et la traînèrent jusqu’à la salle de bain. Ils la plongèrent dans l’eau glacée, la maintinrent sous la surface jusqu’à ce qu’elle manque d’air, puis la relevèrent brutalement pour recommencer.
Elle mentit autant qu’elle le pouvait, mais ne donna rien d’utile.
Cela dura quarante-cinq minutes.
Deux jours plus tard, ils recommencèrent.
Des heures entières, la tête sous l’eau froide.
Elle ne livra jamais un seul nom.
C’était Catherine Dior — la femme qui allait inspirer l’un des parfums les plus emblématiques de l’Histoire. Mais la fragrance qui évoque aujourd’hui l’élégance parisienne est née dans quelque chose de bien plus sombre : une résistante française qui préféra la torture et les camps de concentration à la trahison.
Catherine naquit en 1917 en Normandie, douze ans après son frère Christian. Leur mère entretenait de magnifiques jardins remplis de roses et de jasmin. Tous deux héritèrent de cet amour des fleurs — un lien qui façonnerait leur destin.
Leur enfance heureuse prit fin avec la mort de leur mère en 1931, puis la ruine familiale après le krach de 1929.
Tandis que Christian partait à Paris pour la mode, Catherine restait en Provence, cultivant des légumes pour survivre et rêvant de fleurs.
Puis la guerre arriva.
En 1941, alors qu’elle cherchait une radio à Cannes pour écouter les discours du général de Gaulle, elle rencontra Hervé des Charbonneries, fondateur de la Résistance.
Ils tombèrent amoureux.
Et Catherine trouva sa voie.
Elle rejoignit le réseau de renseignement F2 sous le nom de code « Caro ». Elle recueillait des informations sur les troupes allemandes, transmettait des messages à Londres. Les renseignements qu’elle aida à fournir servirent à préparer le Débarquement.
Début 1944, la Gestapo se rapprochait. Catherine se réfugia dans l’appartement parisien de Christian, où elle continua ses activités. Il l’hébergea et accueillit des réunions clandestines, risquant sa vie.
Le 6 juillet 1944, Catherine se rendit à un rendez-vous place du Trocadéro.
C’était un piège.
Tout son réseau avait été trahi.
Vingt-sept personnes furent arrêtées ce jour-là. Leur chef mourut sous la torture.
Catherine survécut à la rue de la Pompe. Mais le 15 août 1944, dix jours avant la libération de Paris, elle fut déportée en Allemagne.
Elle arriva à Ravensbrück le 22 août.
Matricule 57813.
Ce camp, réservé aux femmes, était surpeuplé. Environ 50 000 y périrent.
Catherine fut transférée de camp en camp : travail forcé dans des mines, usines BMW, marches de la mort.
Les tortures lui laissèrent des séquelles irréversibles. Elle ne pourrait jamais avoir d’enfants.
En avril 1945, elle fut libérée près de Dresde. Hospitalisée un mois.
Elle rentra à Paris le 28 mai 1945.
Christian l’attendait à la gare.
Il ne la reconnut pas.
Dans les années suivantes, Catherine reconstruisit sa vie. Elle lança une entreprise florale et devint l’une des premières femmes autorisées à vendre des fleurs coupées.
Le 12 février 1947, Christian présenta The New Look et lança son premier parfum.
Quand Catherine entra dans la pièce, quelqu’un s’écria :
« Voilà Miss Dior ! »
Christian répondit :
« Miss Dior. C’est le nom du parfum. »
Il le dédia à sa sœur.
En 1952, Catherine témoigna au procès de la Gestapo. Elle reçut de nombreuses décorations.
Après la mort de Christian en 1957, elle protégea son héritage.
Catherine Dior mourut le 17 juin 2008, à 90 ans, entourée de fleurs.
À un ancien soldat qui lui demanda comment elle avait survécu, elle répondit :
« Aimez la vie. Aimez la vie. »
Aujourd’hui, chaque flacon de Miss Dior rend hommage à une femme qui choisit le silence plutôt que la trahison, la dignité plutôt que la peur.
Ce parfum n’a jamais été seulement du glamour.
Il est une histoire de survie.
D’amour.
Et de beauté née des ruines.

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