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Alors que le Doubs se prépare tout au long de ces prochaines semaines à célébrer les héros qui ont permis la libération de ce département,aux côtés du Souvenir Français nous disons notre attachement à perpétuer la mémoire de ces Libérateurs dans la dignité et le respect.
Christiane Dormois

Un des trois panneaux qui bordent le square devant la mairie est illisible, tachée de blanc. Un vrai crève-cœur pour l’unique enfant de ce brave, fusillé à 26 ans par les
Allemands et qui avait évité un second bombardement meurtrier sur la ville. La commune
va, dit le maire, s’en occuper.
« Je veux bien croire que tout évolue. Mais il y a vraiment des choses qu’on ne peut pas faire.

C’est lamentable. » Au téléphone, la voix d’Annette Cuenin, 80 ans, tremble encore d’émotion.
La dame réside à Grenoble et, pour diverses raisons, n’est pas revenue à Sochaux, le berceau
de sa famille, depuis deux ans. Mais, au début de ce mois, un de ses amis, qui habite
Montbéliard, lui envoie une photo : celle d’une plaque, abîmée, semble-t-il, par les intempéries
et recouverte de blanc (graffitis, peinture aérosol ?).

• Tombé pour la France

Il s’agit d’un des trois panneaux du
square Roger-Rigel , qui enclôt des espaces verts et des jeux pour enfants. Situé juste en face de la mairie, il se trouve à deux pas du monument aux
morts pour la France. Roger Rigel est l’un d’eux : entré dans
la Résistance en 1943, membre du réseau César Buckmaster, ce boulanger sochalien a été abattu, place Saint-Martin à
Montbéliard, par la Feldgendarmerie (la police militaire allemande).


Cet agent des FFI de l’Est était en mission. Il tombe le 15 novembre 1944, soit l’avant-veille de
la libération de la Cité des Princes par la 1re armée de De Lattre de Tassigny. « Il a voulu tirer :
son arme s’est enrayée. Il a ensuite cherché à dégoupiller une grenade ; il n’en a pas eu le
temps », raconte Annette Cuenin. Fille unique donc de Roger Rigel, déjà orpheline de mère,
cette dernière n’a pas vraiment connu son père : elle n’avait que 18 mois à sa disparition.

• Saboter pour sauver

Élevée par sa grand-mère paternelle, elle a cependant toujours su qu’il était un héros. « Un
casse-cou aussi, toujours volontaire pour les missions les plus dangereuses », souligne celle
qui se rappelle avoir, dès cinq ans, déposé des gerbes devant le monument aux morts. Le
courage de Roger Rigel qui, en outre, a réussi, en sabotant les lignes à haute tension, à éviter
un second
bombardement meurtrier allié sur la ville , a été largement reconnu. Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume, il a aussi été décoré de la Croix de guerre avec palmes.
Il y a vingt ans, la place de la mairie de Sochaux a été rebaptisée, au cours d’une émouvante
cérémonie, square Rigel et les trois plaques ont été apposées. Dont celle rendue aujourd’hui
illisible. Il semble que cet état de fait ne date pas tout à fait d’hier. Et personne ne peut dire,
municipalité comprise, s’il s’agit d’une dégradation volontaire, d’un jeu stupide, de l’outrage du
temps ou bien des trois ! Annette Cuenin a en tout cas demandé à la commune de remettre le
panneau en l’état. « Je trouve lamentable que Monsieur le maire n’ait pas eu l’idée de faire ce
nettoyage de son propre chef », estime-t-elle cependant.

Contacté, ce dernier, qui n’a pas encore vu les dégradations sur la plaque, va envisager « ce
qu’il est possible de faire ». « Les agents et les services seront mobilisés », note Albert Matocq-
Grabot
. Le Souvenir français, saisi par la fille du résistant, devrait veiller à ce que cet engagement se concrétise. Pas une question de principe mais de mémoire.

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