Le Républicain Lorrain
Yutz
Le combat des enfants de Malgré-Nous pour porter leur mémoire
Le 11 novembre dernier, le président Macron rendait hommage aux Malgré-Nous. Mais les enfants de ces soldats, incorporés de force dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, se battent encore aujourd’hui pour réhabiliter et perpétuer la mémoire de leurs pères. Trois Yussois en témoignent. F.T. – 04 janv. 2026
Luc Hoff, Marc Klesse, Jean-Claude Liska-Tosi sont les fils de trois Yussois, résidant en territoire annexé, envoyés au front sous l’uniforme allemand. Photo Fred Thisse
Ces trois Yussois ont entre 75 et 83 ans. Un passé commun les a réunis lors du dévoilement du monument dédié à tous ceux qui ont souffert de la barbarie nazie le 30 août dernier, à Yutz. Leurs papas, originaires de la commune, ont été enrôlés de force, envoyés sur le front russe sous l’uniforme allemand. Deux d’entre eux sont morts au combat. Marc Kless avait deux ans quand son père, Pierre, a été tué dans le bombardement d’un train par les Alliés en Allemagne. Jean-Claude Liska-Tosi n’a pas connu son père, Jean, qui a perdu la vie en première ligne. « J’ai une photo où il me porte bébé dans ses bras et une carte qu’il m’a écrite », raconte-t-il. Les deux octogénaires sont pupilles de la Nation. « Mais jusqu’à présent, nous n’étions pas reconnus comme victimes, comme orphelins des incorporés de force », insiste Jean-Claude Liska-Tosi. Il est membre d’une association qui milite pour cette reconnaissance depuis 20 ans.
Le président de la République, Emmanuel Macron, a fait bouger ces lignes le 11 novembre dernier. Une plaque, inaugurée aux Invalides à Paris, rend désormais hommage aux 100 000 soldats alsaciens, 30 000 mosellans dont 800 yussois, forcés de combattre sous le drapeau allemand car ils vivaient en territoire annexé. Dans son discours, le président rappelle le devoir « d’enseigner la tragédie des Malgré-Nous. » Les noms de ces hommes apparaissent petit à petit sur les monuments aux Morts dans les communes.
Le 30 août dernier, les enfants de Malgré-Nous yussois inauguraient le mémorial qui rend hommage à toutes les victimes de la barbarie nazie, érigé rue de Poitiers à Yutz, réalisé par le sculpteur Sylvain Divo. Photo Andréa Lamy
Le chemin de la reconnaissance
Pas de quoi soulager totalement ces trois enfants de Yutz marqués par cette histoire douloureuse. « Mon papa n’acceptait pas le terme de Malgré-Nous, raconte Luc Hoff. Pour lui, il a été vendu par les gendarmes français aux Allemands. » Louis Hoff avait 17 ans quand il a tenté de rejoindre sa sœur à Troyes pour fuir l’ordre d’incorporation lancé par le IIIe Reich en 1942. Il est arrêté, envoyé à Stalingrad pour être démineur sur le champ de bataille. « Ils partaient à douze avec une baïonnette et du fil de fer. Un seul revenait. » À la débâcle, le jeune homme parvient à se sauver, caché par des résistants polonais avant d’être retrouvé et emprisonné. Son destin relève du miracle. « Quand il est rentré, ma grand-mère portait le deuil, elle ne l’a pas reconnu », rapporte son fils Luc. L’expression « Boche de l’Est » a profondément blessé son père, décédé aujourd’hui. « Il a mis du temps à parler de tout ça. » Son petit-fils était présent lors de la cérémonie devant le mémorial érigé à Yutz cet été. « Il faut transmettre cette histoire, on ne sait plus qui sont ces gens, quelle souffrance ils ont enduré pour nous offrir ce monde », résume Luc Hoff avec émotion. Il veut que la honte ressentie par ces soldats contraints soit gommée, que leur mémoire soit réhabilitée.
L’indemnisation des orphelins, enfants des Malgré-Nous, est une autre étape sur le chemin de cette reconnaissance. Elle vient d’être accordée par le Sénat , renvoyée devant l’Assemblée nationale pour décrocher le vote des députés.
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