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                          Les femmes résistantes dont on parle peu ( 2 ème partie)

 

                                                                  Emilienne MOREAU-EVRARD

 

Née le 4 juin 1898 à Wingles (62).

Elle est la deuxième, d’une famille de 4 enfants (Henry1, Marguerite et Léonard).

La famille s’installe à Lens en 1889, faisant suite aux diverses mutations du père, contremaitre (porion) dans une mine. Puis en 1908 déménage 4 km plus loin.

Juin 1914 : le père prend sa retraite, il a 50 ans dont 30 passés dans la mine. De ce fait nouveau déménagement vers Loos en Gohelle (62), place de la République. Le père se reconvertit dans un commerce d’épicerie, mercerie ne voulant pas rester inactif. Emilienne l’aide mais ce n’est pas sa vocation qui serait plutôt « institutrice ».

Octobre 1914 : elle repère depuis son grenier des mitrailleuses allemandes placées sur le haut des pylônes installés près de la mine. Elle signale ces armes mortelles aux alliés qui les éliminent, sauvant ainsi une partie du 109ème régiment d’infanterie anglais.

Décembre 1914 : oui, elles sont là depuis octobre les troupes allemandes, à Loos, au moment où le père décède. Emilienne et son frère Léonard fabriquent eux-mêmes le cercueil qui servira à emporter leur père au cimetière de l’Est à Lens, à l’aide d’une brouette.

Février 1915 : sa passion pour enseigner, de voir les enfants sans école, l’instituteur a été mobilisé, lui donnent l’idée de faire la classe. Ce sera dans une cave, avec l’accord de l’occupant, où elle accueillera une quarantaine d’enfants.

25 septembre 1915 : bataille de Loos ! les Anglais et les Ecossais du 9 th Black Watch reprennent la ville. Mais Emilienne les a partiellement aidés. La coquine était futée, elle avait demandé aux allemands l’autorisation de récupérer des bribes de charbon pour le poêle de sa classe, en fait elle en profitait pour noter les installions voisines ennemies, proches de la fosse 15. Puis transmettait ses observations aux alliés qui, purent prendre  l’ennemi à revers.

Dans ce genre de combat il y a toujours au mieux des blessés. Qu’importe Emilienne transforme sa maison en infirmerie provisoire avec l’aide d’un médecin écossais. Pour défendre sa position elle abat des soldats allemands, bien qu’elle ne soit âgée que de 17 ans.

Donc, elle tue 2 snippers qu’elle a repérés de son grenier, puis lance des grenades avec les troupes britanniques tuant 3 autres ennemis, sauvant ainsi la vie d’un de leur compatriote pris sous le feu allemand, se saisit d’un drapeau et entraîne les soldats vers les lignes ennemies.

Sa maison cernée, elle en défend l’entrée en tirant avec un revolver à travers la porte.

Elle devient ainsi « l’héroïne de LOOS », le général Foch la cite à « l’Ordre de l’Armée », tandis que Douglas Haig général anglais la félicite par courrier. Par la suite elle sera reçue par Raymond Poincaré (Président de la République), par le roi George V à Londres pour finir décorée de la Croix de Guerre en novembre 1915 à Versailles.

 

Son image, son histoire sont utilisées pour entretenir le moral de la population et des troupes. Son héroïsme fait l’objet d’un article dans le n° 107 de « Le Miroir », supplément au journal « le petit Parisien ».

                                                                 

Veuve très tôt, d’un 1er mariage en 1927 avec Francis Fournier, elle épouse en 1932 Just Evrard qui deviendra député du Nord (1939-1936), père de 2 enfants Raoul et Roger qui s’impliqueront dans la résistance

1940 : nouvel épisode guerrier. Les autorités du Reich, qui connaissent ses activités de 14/18 la mettent en résidence surveillée à Lillers chez sa mère.

Fin 1940 : elle et son mari entrent en résistance, distribution de tracts, de journaux clandestins puis des sabotages. Pour l’un d’eux son mari est suspecté, arrêté en septembre 1941 il est libéré en avril 1942. Par mesure de sécurité ils partent s’installer à Thonon les Bains puis à Lyon.

Emilienne s’affecte plusieurs pseudos dont « Jeanne Poirier » et « Emilienne la blonde ». Elle tisse ainsi des liens avec plusieurs réseaux notamment « Brutus2» et  « France  au combat3 ». Elle transporte des fonds pour la résistance, se teint les cheveux, s’affuble d’un coussin sur le ventre, pour ne pas être fouillée « femme enceinte ». Plusieurs fois suivie, traquée elle échappe aux Allemands (affaire du 85 avenue de Saxe et 17 arrestations) et rejoint, après plusieurs essais, Londres par avion le 7 août 1944.

Active au sein de la BBC, auprès de la presse londonienne et alliée pour le rôle des femmes dans la résistance.

Reçue au Brevet Supérieur, elle sera institutrice à la fin de la guerre, pour quelques mois dans une école de garçons à Paris dans le XV ème En septembre 1944 elle revient chez elle.

Sa mère ouvrira une boulangerie au village.

Après-guerre elle milite en tant que membre directeur de la SFIO (1943-1963). Son mari devient député.

Elle décède le 5 janvier 1971 à Lens. Son corps y repose au cimetière de l’Est.

Distinctions :

     14/18 : Croix de Guerre avec palme.

               Croix du Combattant

               Médaille Militaire (GB)

               Royal Red Cross (GB)

               Ordre Souverain de Malte (GB)

               Ordre de saint Jean de Jérusalem (GB) [rarement accordé aux femmes]

 

     39/45 : Officier de la Légion d‘Honneur (19 août 1947)

               Compagnon de la Libération (11 novembre 45 par Charles de Gaulle à Béthune)

               Croix de Guerre 39/45

               Croix du Combattant.

 

 Autres :

             Place de la république à Paris : une terrasse à son nom (1er juillet 2013).  

             Une plaque sur sa maison de Loos en Gohelle (26/09/2015)

             Une salle de la mairie de Lens

              Plusieurs écoles portent son nom comme les écoles maternelles de Loos et d’Amèke (62).

             Et enfin un petit musée avec ses archives, au foyer municipal de Loos.

              Un film « The Joan of Arc of Loos” en 1916 de Georges Willoughby (Australien). Jamais diffuse en France.

               Un livre “La guerre buissonnière” par elle-même en 1970.

 

 

Notes :

            1°) frère mobilisé le 1er août 1914 et tué sur le front de l’Est.

            2°) réseau piloté par Pierre Fourcaud et André Boyer.

            3°) filiale du BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action)

Sources :  internet. Maîtron, musée de la résistance, fondation de la résistance , etc…

            Comme souvent il y des divergences de dates, de faits dans les divers récits trouvés.     

 

NDLR : Pourquoi avoir laissé ces héroïques femmes dans l’ombre ?       

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