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Écrit par Nicolas Chigot

Il a brisé l’omerta 79 ans après les faits. Edmond Réveil, 18 ans à l’époque et maquisard, s’est livré dans les colonnes du journal La Montagne. En juin 1944, il affirme avoir assisté à l’exécution de 47 soldats allemands et d’une femme liée à la Gestapo à Meymac. Des soldats capturés après l’attaque de l’école normale des filles de Tulle, le 7 juin 1944. Jusqu’à présent, personne ne savait ce qui leur était arrivé.

À 98 ans, l’homme est fatigué, mais a toute sa tête. Sa diction est claire et son propos précis. C’est le dernier témoin de cette histoire. Edmond Réveil reçoit notre équipe, Jean Perrier et Laurent Du Rusquec, ce mardi 16 mai dans sa maison de Meymac, en Corrèze.

 

Il nous confie cette histoire qu’il n’avait jamais rendue publique.

Juin 1944, celui qui est alors connu sous le nom de code « Papillon » n’a que 18 ans. Creusois d’origine, il est arrivé à Meymac dans les années 1930 avec ses parents. Il s’est enrôlé dans le maquis quelques semaines plus tôt. Il est d’abord agent de liaison.

Les 7 et 8 juin 1944, il participe à l’attaque de l’école normale de filles de Tulle. Les combats sont très violents. Au terme de la bataille, une cinquantaine de soldats sont faits prisonniers.

Edmond Réveil révèle pour la première fois ce qui se serait passé ensuite : le 12 juin 1944, il affirme avoir assisté à l’exécution de 47 prisonniers allemands et d’une femme française. 

Comment ça commence ? Les 7 et 8 juin, le maquis attaque Tulle et fait 55 prisonniers…

Il y en a un qui a essayé de s’évader qui a été tué sur le coup. Un gars de la Gestapo. On a emmené les autres parce que Allassac n’en voulait pas. Ils les avaient faits prisonniers, mais ils les ont donnés à ceux de Treignac. On les remontait avec eux jusqu’au Lonzac. Arrivés dans cette commune, ceux de Treignac ont dit : « on ne peut pas les garder ». C’est donc nous qui avons fini de les remonter jusqu’à Meymac. Quatre jours de marche. 

Personne ne voulait les garder, pourquoi ? C’était trop dangereux ?

C’était compliqué. On n’avait pas de structures pour les garder, on n’avait rien et les Allemands contrôlaient encore toute la zone. On ne pouvait pas les garder, on se déplaçait souvent, on changeait de camp. Quand ils voulaient faire pipi, il fallait deux maquisards pour les accompagner. Il y avait aussi le problème du ravitaillement. 

L’ordre est venu d’en haut parce qu’on ne savait pas quoi faire de ces prisonniers ?

C’est le général Kœnig qui a donné l’ordre de les fusiller au commandant Rivière qui dirigeait le Maquis. Notre chef local. C’est ainsi que l’ordre est arrivé jusqu’à nous. Le capitaine qui nous commandait pleurait quand il l’a annoncé aux prisonniers. Il leur a appris un à un parce qu’il était alsacien, il parlait très bien l’allemand. On a ensuite placé à l’écart ceux qui n’étaient pas allemands. On les a mis au MOI (le mouvement ouvrier immigré).

Il nous restait donc 47 soldats de la Wehrmacht plus une fille. Une Française a été tuée aussi. Elle avait une vingtaine d’années. Elle avait collaboré.

Vous étiez combien dans le groupe ?

Nous étions environ une trentaine. 

 

Comment se déroule l’exécution ?

Chacun tue son bonhomme (silence, NDLR).

 

Ce ne sont pas des pelotons ?

Non, chaque maquisard volontaire tuait son Allemand. Je n’y ai pas participé. Nous avons été trois ou quatre à ne pas y prendre part. On a refusé. Cela se passe en une matinée. Ils tombaient dans le trou qu’ils avaient eux-mêmes creusé. On n’avait pas conscience de ce que nous faisions, nous étions trop jeunes. On n’en a plus jamais parlé. C’est resté un secret. Les autres maquisards du coin ne le savaient pas non plus. 

Pourquoi témoigner ?

Il fallait que ça se sache, c’est une vérité historique. Vis-à-vis des gens de Tulle. On a un peu vengé ceux qui ont été pendus. Les Allemands avaient aussi tué 47 jeunes à Ussel le 10 juin. Aujourd’hui, il faut rendre les corps à leurs familles. Ils ont été enterrés avec leurs livrets militaires et leurs plaques d’identification. Je suis content que ça ne soit plus un secret aujourd’hui. 

Pourquoi l’affaire ne sort-elle que maintenant ? Parce que l’épisode n’est pas très glorieux ?

L’évènement n’est pas glorieux puisqu’on n’a pas le droit de tuer les prisonniers. On ne voulait pas le dire. On a reçu l’ordre de les tuer par le général Kœnig. Il y avait un groupement interallié qui était ici et qui supervisait les Maquisards et qui était stationné dans la commune de Saint-Fréjoux (en Corrèze, NDLR). Il y avait des Canadiens, des Anglais et des Américains qui nous contrôlaient. 

 

 

 

 

Est-ce que les pendus de Tulle ne sont pas justement une réponse à l’attaque des 7 et 8 juin et à la disparition de ces soldats prisonniers ?

Non… Peut-être que ç’a un peu excité les Allemands parce qu’ils ne savaient pas où leurs hommes étaient passés. C’était une drôle d’époque. 

Un récit déjà raconté, mais jamais révélé

L’exhumation des corps des soldats allemands qui devrait suivre sur le site révélé par cet ancien résistant, permettra de confirmer ce récit jusqu’alors tenu secret. Un scénario qui n’a pas surpris, en tout cas, l’historien Fabrice Grenardni les habitants de la commune de Meymac où les faits se seraient donc déroulés.

Selon Edmond Réveil, cette version a été confiée une première fois en décembre 2019 pendant une réunion de l’Association Nationale des Anciens Combattants, propos confirmés par le maire de Meymac, qui n’ont pas été, à l’époque, relayés par les médias ni par l’ANACR.

 

Nous avions rencontré Edmond Réveil il y a cinq mois dans le cadre de la rubrique « Paroles d’ancien ». Il n’avait alors pas mentionné des faits qu’il vient de révéler.

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