Gare de  PITHIVIERS, son proche camp d’internement.

       arrivée de la gare (photo N.HADDAD)

Dimanche dernier, 17 Juillet 2022 un mémorial de la Shoah aménagé dans la gare de Pithiviers, en partenariat avec la SNCF a été inauguré par le Président de la République Emmanuel MACRON en présence de Jacques FREDT représentant la SHOAH et gérant ce site.

Pourquoi cet événement ?

Il y a 80 ans ou 80 ans après.

De cette gare les détenus du camp de Pithiviers et ceux de Beaune la Rolande partaient pour une funeste destination : AUSCHWITZ.

Le camp de Pithiviers a été créé début 1941 pour accueillir les Juifs  étrangers ayant répondu à la convocation du « billet vert 1» le 14 Mai 1941.

3700 juifs se rendent donc au gymnase Japy à Paris pour ce qu’ils croyaient une simple vérification d’identité. Ils sont immédiatement arrêtés par la police Française, et dirigés vers le « Vel d’hiv » où seront internés au final près de 16 000 juifs lors de la rafle des 16 et 17 juillet 1941.

Une partie de ces personnes sera dirigée vers le camp de Pithiviers, une autre vers Beaune la Rolande.

A Pithiviers ce seront 1800 familles qui arriveront en Juillet 1942. Quelques hommes, 300, iront travailler dans les fermes avoisinantes. Fin Juillet 1942 la gestapo et la police Française, vont discrètement séparer les enfants de leurs parents. Ces derniers seront dirigés vers Drancy puis déportés. Le 13 Août 1942, date tragique, les enfants sont dirigés vers Drancy puis  Auschwitz du 17 au 28 Août par les convois n° 20 à 25 pour y être tous gazés, en même temps que des adultes (interdiction de convoi d’enfants seuls).

Le personnel de surveillance de ce camp est entièrement français : gendarmes  (même des retraités), douaniers et gardiens locaux. Les allemands ne font que de brèves apparitions de contrôle ou gestion en liaison avec la Préfecture du Loiret.

la photo non censurée : sinon c’est le képi qui est remplacé par une fausse poutre

De cette gare sont partis 6 convois avec des internés de Pithiviers :

  • n° 4 le 26 Juin 1942……   1000 déportés                                                 mais 24 survivants en 1945
  • n° 6 le 17 juillet                     928    —–                        dont 24 enfants.        »    96        « 
  • n° 13 le 31 juillet                 1000                                         147                       »     4         « 
  • n ° 14 le 3 Août                    1034                                         108                      »     4         « 
  • n° 16 le 7 Août                     1069                                          222                     »     6         « 
  • n ° 35 le 1 Septembre         1000                                          300                      »   23         « 

 

Parfois pour compléter le convoi les gendarmes vont arrêter d’autres juifs dans la région.

Comme pour le convoi n °6 : 52 juifs dans le Loiret plus 153 envoyés de Dijon par la gestapo.

 

 Deux autres convois partiront de Beaune la Rolande.

 Dernier convoi le 21 Septembre mais que des juifs Français n’ayant pas observé certaines règles comme  le port de l’étoile.

 Un témoignage de Berek (Bernard) MASLOWSKI, déporté convoi n° 4, survivant.

Il est le 4 éme d’une famille de 10 (dont seulement 6 ont survécu) né le 19 Mars 1908 à BLONIE (banlieue de Varsovie). Il quitte l’école à 11 ans, aide son père tailleur. Violoniste il a fait le conservatoire de Varsovie. Marié à Bajla ZELAZKO née e 10 Décembre 1943 à MLAWA ( Nord  de Varsovie), deuxième d’une famille de 7 enfants.

Les 2 sont arrivés séparément en France en 1937 et se sont connus à Paris, elle venait travailler chez lui. Se sont mariés 6  Novembre 1939.

Berek est arrêté en 1941 victime du billet vert, incarcéré à Pithiviers et déporté à Auschwitz  le 25 juin 1942 (matricule 42330). Sa femme est raflée en Mai 1944, partira à Auschwitz  le 30 Mai 1944 convoi 75. Par miracle ils se sont retrouvés dans le même camp mais n’en n’ont rien laissé paraître pour ne pas se mettre en danger, il lui portait quelques fois  un peu de nourriture. Berek s’arrangeait pour être en bonne santé, seul moyen pour travailler et avoir la vie sauve.

Tous les deux feront partie de la marche de la mort2 mais pas en même temps. Ils seront libérés par les troupes US en Avril 45, se retrouveront à Paris peu de jours après.

En 1989 ils feront un pèlerinage à Auschwitz accompagnés de leurs 2 enfants, dont le narrateur du récit ci-dessus, Louis MASLOWSKI, l’ainé des fils (présent à la cérémonie)  qui indique que son père parlait rarement  de cet épisode et que lui-même regrette de ne pas l’avoir questionné plus.

Berek est décédé le 17 Aout 1991 et son épouse le 22 septembre 1999..

 Une autre rescapée, présente aussi, Rachel JEDINAK (photo de son père exposée) raconte que sa mère voulait fuir à travers la campagne pour se refugier dans une ferme mais le mari a refusé car dans ce cas les allemands s’en prenaient  au reste de la famille. Ceux qui le faisaient étaient donc des célibataires

 Revenons à la gare ce 17 Juillet 2022 :

  — Une salle est dédiée à la rafle consécutive au billet vert.

          photos des déportés  (N.HADDAD)

  — Une autre, en 2 espaces, à la description des 8 convois vers Auschwitz-Birkenau, un écran géant diffuse les visages des déportés.

  —- Ensemble dédié à la pédagogie pour collèges et lycées.

 Le Président MACRON dans son allocution voulait avertir  « que des braises de l’antisémitisme existent encore et qu’un coup de vent extrême pouvait les ranimer »3 une mise en garde en réalité.

 Arlette TESTYLER 89 ans, visitant le site le 11 Juillet, rescapée du « Vel d’hiv » (fille d’Abraham REIMAN)  proclame : si on oublie ceux qui ont disparu ils meurent une 2 éme fois.

 La 1 ère Ministre s’exprimait la veille sur le site de l’ex « Vel d’Hiv », devant de nombreuses personnalités politiques ou de la SHOAH. Parmi ses propos : « pour garder son honneur notre pays devrait et doit regarder son histoire en face » et « la France a perdu un peu de son âme ».

 Info pratique: du 9 Juillet au 7 Août, 42 portraits de survivants de la SHOAH seront affichés sur les grilles du jardin du Luxembourg.

.Ouvrage : Pithiviers-Auschwitz 17 juillet 1942-6 h 15, convoi 6.

  De Monique NODOVORSKI-DENIAU (101 témoignages) Préface de Simone VEIL.

 Info : le film « Nuit et brouillard » de 1956 d’Alain RESNAIS a été censuré au départ, n’a pu être diffusé que si il n’y avait pas d’image de Pithiviers ou photo retouchée (képi de gendarme enlevé, remplacé par une fausse poutre !). La version originale n’a été autorisée qu’en 1997 ! !

 Cette photo aurait été prise à Beaune la Rolande d’après les dernières recherches.

 Notes :

    1°) Convocation pour examen de situation. Etre accompagné d’un parent ou ami

   2°) Evacuation des camps de concentration pendant l’hiver 44/45 face à l’avancée des Alliés. But : éviter que les déportés ne tombent aux mains des alliés et ne les renseignent.

   3°) De l’auteur de cet article.

 Sources : divers sites internet, info TV et radio.

 

 

 

 

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