Chers amis, voici le temps qu il fait par chez nous…de la pluie …de quoi lire un peu de prose poétique au chaud en attendant le retour du soleil en amitié STEPHANIE RAMOS
Jours de Pluies et littérature
Prose poétique par Stéphanie RAMOS
La pluie tombe comme une écriture céleste, une calligraphie liquide qui descend du ciel pour rappeler au monde qu’il est fait de murmures et de passages. Chaque goutte est une syllabe, chaque averse un paragraphe, et l’orage parfois un chapitre entier. Sous cette pluie qui s’invente elle-même, on entend résonner les voix de ceux qui, avant nous, ont su écouter le ciel.
Baudelaire, bien sûr, qui voyait dans les « nuages… les merveilleux nuages » des voyageurs sans port d’attache. Verlaine, dont la « chanson grise » semble toujours tomber avec la bruine, légère et infinie. Rimbaud, enfant de l’averse, qui écrivait que « l’eau claire » pouvait devenir un miroir d’infini. Chacun d’eux savait que la pluie n’est jamais seulement de l’eau : c’est une émotion qui ruisselle.
Quand la pluie commence, les rues se taisent et les livres s’éveillent. Les mots se gonflent d’humidité, de mémoire, de cette mélancolie tendre qui n’appartient qu’aux jours mouillés. Lire sous la pluie, c’est accepter que le ciel tourne les pages avec vous. Proust, qui savait écouter les frémissements du monde, aurait dit que la pluie « réveille en nous des mondes ensevelis ». George Sand, attentive aux saisons, voyait dans l’averse une « voix de la terre » qui parle à ceux qui savent entendre.
La pluie suspend le temps. Elle efface les contours, brouille les certitudes, et dans ce flou naît une clarté nouvelle. Colette, qui observait la nature avec une précision amoureuse, parlait de la pluie comme d’une « musique qui assoupit les douleurs ». Julien Gracq, maître des atmosphères, voyait dans les averses un « brouillard de songes » où les paysages se dérobent et se recomposent. Sous la pluie, les idées tombent en cadence, s’assemblent, se répondent : une averse est une ponctuation du monde.
Et puis il y a cette magie discrète : sous la pluie, chaque lecteur devient un personnage. Le parapluie devient un toit de fiction, la buée sur les lunettes un voile narratif, la flaque un miroir où se reflète une autre histoire. Victor Hugo, qui savait donner une âme aux éléments, écrivait que « la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ». Sous la pluie, cette mélancolie devient une compagne lumineuse. Marguerite Duras, elle, aurait murmuré que « la pluie est un silence qui tombe ».
La littérature et la pluie partagent un secret : elles transforment. Elles prennent le monde tel qu’il est et le rendent plus vaste, plus tendre, plus mystérieux. Elles invitent à regarder autrement, à écouter ce qui d’ordinaire se tait, à accueillir l’invisible. Camus voyait dans la pluie un « baptême du réel », une manière de laver le monde de ses illusions. Saint-John Perse, lui, en faisait une « grande sœur des songes ».
Quand l’averse cesse, il reste sur la terre une odeur de papier neuf. Comme si le monde, lui aussi, venait d’être écrit. Comme si la pluie avait, une fois encore, réconcilié le ciel et la littérature.
STEPHANIE RAMOS
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