De la Turquie à Toulouse, une famille de résistants

 

Renée, 14 ans, Lina, 13 ans GANON et Béria HAKIM 49 ans, son mari Isaac 74 ans sont deux petits-enfants et grands-parents déportés.

             Renée GANON

                                Lina

Les 2 filles Renée et Lina sont nées à Rouen  respectivement les 25 février 1930 et 24 août 1931 et résident au 40 rue Armand Carrel avec leur mère Germaine, Alexandrine (née HAKIM) le 8 mai 1907 à Paris et leur père Nissim, Narcisse GANON né à Aydin, ouest de la Turquie le 8 août 1905.

Ce dernier est arrivé en France en 1927 avec sa grand-mère Linda venant d’ Aydin après le décès de son grand-père Aslan.

A la déclaration de guerre le 3 septembre 1939, Nissim s’engage dans l’armée française et est affecté au 34 éme régiment d’artillerie de Rouen.

Fait prisonnier le 18 juin 1940 il est incarcéré à la prison d’Amiens au FS 204 (frontstalag 204) pas pour longtemps car il s’en évade en juin 1941.

Nissim GANON

Rentré à Rouen il emmène par sécurité sa famille en zone libre plus tranquille. Il choisit Toulouse, au 11 rue Jean Pegot.

Nissim et son épouse Germaine entre dans le réseau de résistance « Andalousie1 ». Quelque temps après Nissim rejoint, via l’Espagne, l’armée de libération en AFN.

 Germaine s’active en tant qu’agent de liaison alias « mamée » Les 2 filles participent au port de messages ou de tracts aux membres du réseau. Leur jeune âge fait qu’elles sont rarement inquiétées lors de contrôle. Elle héberge agents de la résistance ou juifs de passage à Toulouse. Elle déclare à ses filles « si un jour je ne rentre pas, que le lendemain matin je ne suis toujours pas là, partez chez vos grands parents maternels à Vichy ».

1er  janvier 1944 : Germaine est arrêtée par la gestapo avec 3 agents du réseau. Ils seront transférés à la prison Saint Michel de Toulouse pour un mois. Interrogatoire habituel avec ce que cela sous-entend. Geneviève ne parle pas. Reconnue comme juive elle part pour Drancy. Le 17 février 1944 avec le convoi 69 elle est transférée à Birkenau avec d’autres détenues, seules 5 femmes seront sauves à la libération du camp en 1945.

Les 2 fillettes Renée et Lina seront hébergées chez leurs grands-parents maternels Béria et Isaac HAKIM couturiers au 20 ter boulevard Gambetta à  Vichy. La grand-mère envoie les 2 filles habitaient en campagne proche pour plus de sureté et de tranquillité.

Hélas le 27 mai 1944, elles viennent rendre visite à leurs grands-parents qui viennent d’être arrêtés, elles le sont aussi. Les quatre seront amenés à la prison « mal coiffée2 » de Moulins.

Le 2 juin suivant direction Drancy pour un mois, puis seront déportées à Birkenau le 30 juin par le convoi n°76 (1153 déportés). Quatre jours de voyage dans les conditions que vous devinez (wagon à bestiaux) avec une arrivée le 4 juillet.

Tri des déportés : aptes au travail d’un côté, les inaptes (malades, chétifs, trop âgés), dont Isaac et Béria, de l’autre et qui sont aussitôt conduits à la chambre à gaz.

Les 2 filles travailleront sous les matricules : A-8586 et A-8590, elles sont donc effectivement dans le camp en octobre 1944, baraque 22b. Pourtant on ne retrouve pas leurs traces ensuite, certainement gazées.

Leur père Nassim entame des démarches  pour que soit reconnue l’implication de sa femme Geneviève et de ses 2 filles dans la résistance à Toulouse. Il obtient satisfaction car en 1954 Geneviève et les 2 filles auront droit au titre de « déportées résistantes » puis la Croix de Guerre et la Légion d’Honneur pour Germaine seule.

Renée

Lina

                                                             

Notes :

       1°) réseau issu  de « France Libre » du colonel Rémy, mars 1941 et créé par François BISTOS. Des sous-réseaux à Bordeaux, Marseille, Lourdes… mais le PC est situé à Toulouse. Le 1er renseignement fourni est la présence repérée en gare de Montauban de blindés de la division Das Reich, transmis en urgence à Londres le 1er avril 1944. Obtention de faux papiers grâce à l’imprimerie toulousaine des frères LION, fait aussi partie de leur activité.

        2°) tour du château des ducs de Bourbon qui n’avait pas le toit bien fourni d’où l’expression. Elle servit de prison du 19 juin 40 au 25 aôut 1944.

Nb : la famille GANON avait eu 2 autres enfants décédés en bas âge, Georges (1932-1935) et Jackie, (décembre 1935-mars 1936).

Sources :   divers sites internet

 

 

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