Tragédie des Puits de  GUERRY en  1944

En ce début du mois il fait beau, le ciel est d’un bleu limpide, malgré de timides petits nuages.

Nous sommes le 6 Juin 1944 dans le Cher, Saint Amand-Montrond vient d’être libéré par les maquisards qui feront des prisonniers (dont Mme Simone BOUT de l’An) dont 13 miliciens. Certains seront sont fusillés, quant aux 13 miliciens ils ,seront pendus le 24 Juillet.

Hélas ce fait d’armes va générer une sanglante riposte de la part des allemands 48 heures après, soit le 8 Juin, car pour rétablir l’ordre DARNAND envoie Joseph LÉCUSSAN1 sur place, qui arrive le 11 juin. Il est sous les ordres de Francis BOUT de l’AN2 n° 2 de la milice, venu dans cette ville avec femme, fille et mère. LÉCUSSAN prend ses fonctions le 21 Juin et s’auto proclame sous-préfet. Il sera aidé dans ses basses besognes par Roger THEVENOT chef départemental de la milice.

Des exactions sont ainsi commises, civils maltraités ou tués, des résistants fusillés, des bâtiments incendiés, détruits et 50 otages emmenés à Vichy comme monnaie d’échange pour Mme BOUT de l’AN, épouse de Francis, secrétaire de la milice depuis début Juin, qui sera libérée le 23 Juin.

26 Juin 1944 : arrestation à Bessais le Fromental de la famille JUDA (Georges, son épouse, leur fille et André le frère de Georges), transférée à la prison de Bourges le 17 Juillet.

Dans la nuit du 21 au 22 juillet de 22 h 30 à 4 heures la gestapo ainsi que la milice et son chef LECUSSAN vont arrêter à SAVIGNY en SEPTAINE, Sud-Est de Bourges en zone libre (Cher),  71 personnes israélites. Cette communauté était arrivée de l’Est de la France, parmi elle 12 Alsaciens, 2 Mosellans et 2 de Meurthe/Moselle, fin 1939 et s’était établie à Saint-Amond-Montrond et ses environs où ils vécurent en quasi sécurité pendant presque 5 ans. A 7 heures tout le monde est transféré à la prison Bordiot de Bourges.

24 Juillet : 26 hommes sont extraits de la prison, invités à monter dans une camionnette pour une destination inconnue. En fait la milice avait repéré une clairière en forêt de Guerry, une zone militaire. Le transfert vers les camps d’internement allemands posant problème, ordre leur était donné d’exterminer les juifs sur place.

Arrivés sur les lieux choisis on les fait descendre par groupe de 6, on les dirige vers un puits profond de 40 m, le n°3, ils y seront jetés vivants ou pas. Mais pendant ce bref parcours un homme, Charles KRAMEÏSEN3  au lieu de tourner à droite comme commandé, s’enfuit à gauche en courant, zigzaguant échappant ainsi aux tirs ennemi, se terre dans les fourrés une partie de la nuit et à l’aube trouve refuge dans la ferme GUILLAUMIN4 où il restera caché dans la grange 3 jours avant de repartir vers Saint Just, à 13 km, aidé par Guillaumin et  MATHURIN le boucher du village, dans la camionnette de ce dernier.

    Camille et marie GUILLEMAIN et un de leurs enfants

26 juillet : 3 autres hommes dont les 2 frères JUDA sont jetés dans un second puits.

8 Août : 8 femmes sur 10, car 2 non juives, seront exécutées par balles avant d’être jetées dans le puits n°2.

Pour ajouter à l’horrible les assassins jettent de grosses pierres puis de la chaux ou du ciment dans les puits pour recouvrir les corps.

Un autre responsable  de ce massacre est Pierre PAOLI5, agent français du SD (gestapo) allemand de Bourges sur ordre de Friedrich MERDSCHE6.

17 Août 1944 : la Wehrmacht partie, 32 femmes et enfants seront libérés.

6 septembre : Charles KRAMEÏSEN et quelques membres des familles juives se mettent à la recherche de ce lieu tragique mais sans résultat.

11 Septembre : Saint Amand-Montrond est libéré, ce sera le 13 pour l’ensemble du Cher.

12 Septembre : Charles KRAMEÏSEN se rend à la gendarmerie pour rendre compte de cet événement, il sera entendu le 25 pour complément d’informations.

 9 Octobre : la mairie de SAVIGNY-en-Septaine s’associe aux recherches et découvre le lieu maudit.

18 octobre 1944: des effets appartenant aux victimes sont extraits du puits n°1.

                      Du puits n°2 et 3 seront retirés 36 victimes dont 35 seulement seront identifiées7, le plus jeune Marcel WALAWICH avait 16 ans, le plus âgé Isaac DREYFUS 85 ans. Le 1er corps remonté sera celui de Marthe, la femme de Charles  KRAMEÏSEN.

 

15Juillet 1945 : une plaque commémorative est déposée au cimetière de Saint-Amond.

5 Août  1945 : autre plaque de marbre, avec noms des victimes, à la ferme.

18 Octobre 1994 : édification d’un mémorial, œuvre de Georges  JANCLOS, neveu d’une des victimes.

 

Avril 2011 : Hermine MERSCHEL, résidant à New York, est présente lors de cette commémoration, elle était la fille d’une des victimes.

20 Octobre 2021 : ce jour le Grand Rabbin de France Haïm KORSSA honore de sa présence une cérémonie.

 

Notes :

             1°) condamné à mort le 27 septembre 1946 et fusillé le 13 Décembre à Calluire.

              2°)nommé secrétaire adjoint de Joseph DARNAND début 1944, membre des Waffen SS,   condamné à mort par contumace car fugitif, décède à BOLZANO (Italie) le 11 septembre 1977 à 67 ans.

              3°) originaire de SIENIAVA en Pologne, en France depuis 1920. Convoqué en 1943 pour travailler à l’organisation TODT( génie civil et militaire nazi), il se réfugie chez Edmond BAUER à Charenton du Cher chez qui il avait travaillé en 1941-42.

              4°) Camille et Marie GUILLAUMIN, parents de 8 enfants, seront  désignés « Justes parmi les Nations » le 8 Mai 2012.

              5°) Pierre Marie PAOLI, naturalisé allemand, sous-officier SS. Fusillé le 15 Juin 1946.

              6°) dit FRITZ chef de la SIPO d’Orléans qui gère plusieurs départements de Septembre 1942 à  Août 1944. Condamné à mort par contumace, vivait en République Fédérale Allemande (RFA).

              7°) La 36 éme est Maurice  (MOJZESZ ou Moïse) SEIDEN, résistant et responsable FTPF, arrêté en juin 1944 à BLANCAFORT et seulement identifié le 16 Avril 1945.  Médecin il ne pouvait exercer car Juif, occupera divers emplois. Son épouse et sa fille furent déportées à Auschwitz le 30 Juin 1944.

 

Sources : divers sites internet, émission radio ou TV.

 

 

Aller au contenu principal