Le concours National de la Résistance dans le Var

                          Le devoir de Mémoire et l’engagement de collégiens et lycéens sur ces chemins

Comment naissent ces « vocations » au sein des établissements scolaires

 

Neo, dont nous apprécions les récits recueillis auprès de ces Hommes et Femmes valeureux et que nous vous faisons partager lettre après lettre, se livre à nous et dit sa peine de perdre l’un de ces douze premiers témoins qui ont été dit-il à l’origine de « TOUT »

Ce « TOUT » a débuté lorsque élève du collège Voltaire de Toulon il a entendu ces témoignages relatés ensuite dans le journal de cet établissement et dénommé « Le Voltairien »

Année après année, il a poursuivi ses propres recherches de témoins du passé encore en vie, multipliant les démarches auprès des Associations, se nourrissant de lectures, créant son propre réseau et c’est ainsi qu’il est venu à notre rencontre.

Lycéen de première, il a été lauréat au Concours National de la Résistance 2021 dans le Var.

Il y a rencontré Jean Morin pour la dernière fois il y a quelques jours et nous sentons dans les lignes qui vont suivre tout l’attachement qu’il porte à celles et ceux qui lui ont livré leurs récits et à chaque fois le chagrin causé par leur mort

NEO, notre Fédération est fière de te compter parmi ses adhérents, puisse ton exemple inspirer encore de nombreuses « vocations ».

Ce « TOUT », tu nous permets de le revivre avec toi car ces destins sont une part de notre enfance de Pupilles, d’Orphelins de guerre, récits dont nos Pères/Mères n’ont pas toujours pu nous livrer leur vécu ni en parler !

 

Voici le récit de NEO :

                                           J’ai appris le décès de Jean MORIN.

Ils étaient douze, les premiers témoins à avoir ouvert leur porte à l’humble collégien de 14 ans que j’étais, à avoir contribué au hors-série du « Voltairien », à l’origine de tout, avec toute la complexité que ces quatre lettres comportent. Près de trois ans sont passés depuis ce jour, unis, les douze le sont restés jusqu’à ce jour. L’un d’entre eux vient d’être rappelé dans la nuit de dimanche à lundi, le caractériel, attachant et aimant Jean MORIN n’est plus.

Les souvenirs me submergent peu à peu, à commencer par notre rencontre, ce jour où Jean ouvrait la porte à l’enfant que j’étais, les difficultés que ma grand-mère et moi avions eu à trouver la résidence. Une rencontre marquante, « au sommet » oserais-je dire, qui n’aurait dû se terminer. Jean venait, une fois de plus, de réveiller le souvenir de l’adolescent qui, en 1942, pris un tournant et non des moindres, au contact de ce milieu si complexe que la postérité nommera « Résistance ».

 

Le « gamin de Solliès-Pont » naquit le 11 septembre 1927 au sein d’une famille aimante, auprès de son père Louis, militant à la Ligue des Droits de l’Homme, membre de la SFIO auprès de laquelle il joue un rôle éminent pendant les événements du Front Populaire. Milieu qui se commue peu à peu avec l’arrivée de la guerre, milieu qui, indubitablement, marque l’enfance puis l’adolescence de Jean. Milieu assez fourmillant mais non populeux, politiquement « à gauche » bien que très ouvert, plutôt anticlérical mais très loin d’être « athée ». Destitué de son mandat en 1941, Louis est approché dans le courant de cette même année par Libération, au contact notamment de Charles Sandro, Franck Arnal et de Louis Picoche, éminents militants SFIO locaux. Milieu, « réunions » que Jean côtoie non sans comprendre, malgré les prérogatives de son jeune âge, plus scolaires que politisantes. A la stupeur de tous, « face à six hommes, mon père compris, je m’écrie : « Monsieur, je suis capable de la faire ! ». L’audace de l’adolescent étonne évidemment, tout comme son comportement, deux jours après, lors d’une perquisition suite à une dénonciation. « Je réussis, assez habilement, à extraire d’un tiroir de la commode de la chambre parentale deux tracts ainsi qu’un message chiffré ».

En ce 3 août 1942, la zone sud n’est pas encore occupée au cœur de la tourmente de l’Histoire, celle d’un de ces fils de France venait de prendre un tournant. Jean commence par des actions dites « mineures », de distribution de divers journaux, à commencer par Le Populaire, jusqu’à ses premiers sabotages et importantes opérations de propagande. C’est lors d’une réunion qu’il fait la rencontre d’un jeune homme qu’il croit avoir connu lors de matchs de rugby avant-guerre, il s’agit d’un certain Roger Baroso, de l’éminent réseau Gallia. Une amitié voit le jour, une amitié d’une vie qui se terminera avec le décès de Roger en septembre 2019. « L’adversité, ça forme un homme, mais pas la douceur, rappelle-toi ! » lui enseigna l’un de ses supérieurs, ce qu’il n’oublia jamais.

Ce que nous dit NEO, sa peine, l’image qu’il gardera de Jean Morin qui lui a remis un prix il y a quelques jours à peine !

Il y a deux mois, je l’avais questionné en découvrant dans une pochette plusieurs coupures de journaux et photos « à mon effigie », « Je ne garde auprès de moi que ceux qui m’intéressent ! » m’a-t-il répondu, avec ce regard malicieux que tous lui connaissaient. Jean restera dans ma « postérité personnelle », le « premier des douze » à être parti, mais surtout le plus marquant, par son tempérament inégalable, inoubliable. Ses enseignements continuent et continueront de me questionner, de m’obséder. Un dernier souvenir, il y a deux semaines lorsque, à la fin de la remise des prix, après une petite tape sur les épaules, il conclura par « Ce petit, moi, je l’aime beaucoup ! ».

Ma peine est grande, c’est une part de l’âme du « Voltairien hors-série » qui s’envole, parti rejoindre son épouse tant aimée. J’assisterai à ces obsèques ce lundi, quelques heures à peine avant mon départ en vacances.

Néo

Jpeg

 

http://www.presseagence.fr/lettre-economique-politique-paca/2021/07/08/toulon-jean-morin-resistant-1942-1944-nous-a-quittes/

 

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