Mathilde CARRÉ « la Chatte »

Née le 30 juin 1908 au Creusot (Saône et Loire) Mathilde Lucie Belard, est fille d’un ingénieur jurassien, son frère est Saint-Cyrien. Elle fréquente La Sorbonne et devient docteur en droit en 1930. Elle épouse en 1933 Maurice Carré professeur. Le couple part s’installer à Oran (Algérie), où Mathilde va aussi enseigner à Aïn Sefra.

Septembre 1939, c’est le divorce, Mathilde repart en France.  C’est aussi la déclaration de guerre. Mathilde s’engage dans l’armée comme infirmière et sera Lieutenant après quelque temps. Elle entre au réseau de résistance « Interallié », elle y fait connaissance d’un officier polonais Roman Czierniawski1 « alias Armand » en exil en France. Ce dernier, en contact avec les services secrets britanniques, lui propose de monter un réseau d’espionnage.

Elle part à Vichy, rencontrer des officiers du 2ème bureau (organisme du renseignement français). Elle utilise plusieurs « alias », Lily Bérard, sœur Lilia Maria ou Madeleine etc. Dans cette ville elle fréquente les établissements chics, côtoie des américains qui la surnomme « la Chatte ».

Elle fait partie du réseau « Interallié », F 2 pour les Britanniques, composé de 240 agents dont 40 polonais en 1941. Des documents, des microfilms à travers la ligne de démarcation par le train Paris-Toulouse, récupérés par le destinataire prévu, parfois avec destination Marseille puis Londres. Mais l’opération est parfois risquée et « Armand » entreprend la construction d’un émetteur radio, dont le 1er message partira le 10 mai 1941.

17 novembre 1941 :  elle est arrêtée avec « Armand » et d’autres membres du réseau, par suite d’une imprudence et révélation  par l’un des membres. Elle est interrogée, elle craque. Sauve sa peau, mais révèle le nom de certains de ses anciens complices. Elle est relâchée, car elle va travailler pour l’Abwheir2, à l’invitation d’Hugo Bleicher3, donc elle devient agent double. Elle est la maîtresse de son ravisseur allemand, cité  supra,  elle mène la grande vie à Paris.

Mais une faiblesse se fait jour, elle succombe aux charmes d’un agent britannique, Pierre de Vomécourt4 dit « Lucas »., à qui elle se confie avec pour résultat partir à Londres.

Janvier 1942 : Lucas commence à se poser des questions sur Mathilde, il va se méfier d’elle. Elle finit par lui avouer certains pans de son activité et lui promet qu’elle va dorénavant trahir l’Abwehr.

Mais, à la demande des services français, elle est arrêtée le 1er juillet et incarcérée à la prison d’Aylisbury (ceinture de Londres) puis d’Holloway (district de Londres) pour 3 ans.

1er janvier 1945 : un avion la dépose au Bourget. Elle est emmenée, 11 rue des Saussaies5à Paris VIIIème, pour y être interrogée, cela durera 22 jours.  Puis sa destination sera le fort de Charenton à Maisons-Alfort et finalement la prison de Fresnes le 7 juillet.

Son procès s’ouvre le 3 janvier 1949. Le 7 suivant, elle est condamnée à la peine de mort. Peine commuée en 20 ans de travaux forcés le 2 août 1952.

 

  Mathilde lors de son procès

 Mathilde et ses remords

Elle sera graciée par le Président Vincent Auriol et libérée le 7 septembre 1954. Au total elle aura passé 12 ans en prison.

Elle décède le 30 mai 2007 à Paris XVI ème .

Notes :

1°) (1910-1985) Officier pilote polonais, Varsovie capitule il gagne la Roumanie, puis la France où l’armée polonaise se reconstitue. Depuis Toulouse il fonde son réseau clandestin, il est « Armand ».

2°) signifie « défense » en allemand. Service des renseignements allemands.

3°) (1899-1982) a démantelé plusieurs réseaux : Interallié, Spindle, Autogiro et Donkeyman. A eu beaucoup d’affectations en France, dont une à Caen où il fera connaissance de Suzanne laurent qui deviendra sa maîtresse et qui le suivra en Allemagne. Arrêté le 15 juin 1945 à Amsterdam et transféré à Colchester (Sussex) pour plusieurs années. Libéré, finit ses jours comme commerçant.

4°) (1906-1986). Le 25 avril il est arrêté en France. Agent du SOE. Parti à Londres el le 17 juin 1940, revient en France le 10 mai 1941, parachuté à Châteauroux. Arrêté le 25 avril, il révèle plusieurs noms pour sauver sa peau., mais sera emprisonné à Fresnes pendant 1 an ½, puis déporté en Allemagne à la prison forteresse de Colditz (Saxe) et libéré le 16 avril par l’armée US.

5°) aux mains de l’occupant, gestapo en particulier, du 1er novembre 1970 à fin août 1944. Devient ensuite le QG de la direction générale de la police nationale.

 

Sources : divers sites internet.

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