Journal « La Provence »

Le 22 août 1944, les Allemands étaient mis en déroute. La ville fête aujourd’hui sa libération

Par Raphaël Kayat et M.F.

Les troupes Alliées sont arrivées à Salon-de-Provence le 22 août 1944. Les troupes françaises sont arrivées le lendemain.PHOTO ARCHIVES LP

 

« Ce sont de véritables scènes de liesse que l’on observe à Salon le 22 août 1944. Après quatre années de guerre et un an et demi d’occupation allemande, c’est assez facile à imaginer« , sourit Jean-Christophe Incerti, président du Comité Régional du mémorial Jean Moulin.

Et pourtant. Comment imaginer ? À l’aide de photos bien sûr, de témoignages, s’il en reste, et des avis d’experts. Jérôme Croyer en fait partie. Diplômé d’un doctorat d’histoire, il est aujourd’hui régisseur des collections de Musée de l’Empéri. Avec lui, revenons jour après jour sur la folle épopée qui a mené à la libération de Salon-de-Provence.

15 août 1945 : opération Dragoon

Les troupes américaines débarquent sur les plages du Var. Trois divisions la composent. L’une d’elle nous intéresse tout particulièrement : la 3e division d’infanterie. C’est elle qui libérera Salon une semaine plus tard, et qui sera la plus décorée à la fin de la guerre. Les troupes françaises débarquent le lendemain. À l’intérieur des terres, les résistants encore en vie sont actifs, et attendent chaque jour l’arrivée des Alliés. Pour les aider, les opérations de sabotage et de renseignements s’intensifient.

21 août 1945 : diversion

Les troupes alliées libèrent Aix-en-Provence. Pendant ce temps, Salon est toujours occupée par la 11e Panzer-Division. Une unité blindée et aguerrie qui n’a qu’un but : se replier sur la vallée du Rhône et rejoindre la frontière allemande. Pour gagner du temps, elle envoie plusieurs hommes et véhicules en direction d’Aix, pour faire croire à une attaque sur la ville. Le stratagème fonctionne, et le gros des troupes quitte Salon le dans la journée.

22 août 1945 : libération de salon

Certains rapports montrent que les dernières unités allemandes quittent Salon le matin même. Les Alliés arrivent en début d’après-midi, aux alentours de 13h, dans une ville déjà abandonnée par l’ennemi. Un train rempli de munitions allemandes explose dans l’après-midi, près de la gare. Objectif : ne pas en faire profiter l’ennemi américain. Quelques soldats allemands de la Luftwaffe (l’armée de l’air) sont retrouvés sur la base aérienne de Salon, toujours utilisable. Elle deviendra un point stratégique pour les alliés, qui peuvent enfin rapatrier leurs forces aériennes de la Corse jusqu’à la Provence. Une force indispensable pour remonter vers Lyon, puis vers Paris.

Et aussi Libération de Marseille : le drapeau sur Castellane en feu

Autour de la commémoration

Une maquette ferroviaire pour commémorer la libération

Dans le cadre des manifestations marquant la commémoration du 75e anniversaire de la libération de Salon, l’association salonaise Trains et Miniatures Club 13 (TMC13) présentera de 17h à 21h sur la place Morgan aux côtés des engins militaires de l’époque leur dernière maquette consacrée au débarquement du 18 juin. Il aura fallu neuf mois aux membres de l’association de modélisme ferroviaire présidée par Gérald Patruno pour mener à bien la construction de cette maquette commencée au mois de novembre.

La secrétaire d’Etat à la Défense sera là

Répondant à l’invitation du député LREM Jean-Marc Zulesi, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, présidera la cérémonie de commémoration du 75e anniversaire de la libération de Salon-de-Provence par les soldats de la 3e division d’infanterie de l’armée américaine. En amont de la cérémonie, un hommage sera rendu aux martyrs de la Résistance du canton de Salon-de-Provence, et plus particulièrement à Gaston Cabrier, Marcel Roustan et Jules Morgan, fusillés par les Allemands au Val de Cuech.

Entre 19h et 20h15, défilé de troupes à pied et de troupes motorisées et allocutions du maire de Salon-de-Provence, Nicolas Isnard, et de la secrétaire d’Etat, Geneviève Darrieussecq. Animation musicale.

Le PCF fait sa propre commémoration

Le PCF Salon a décidé cette année d’organiser le 22 août à 17 h à la place du kiosque à musique (ex-place des martyrs) un hommage » aux martyrs de la résistance du canton de Salon 1940/1944″.

 

 

Le musée de la libération de la Provence, unique en son genre

Les nombreuses scènes traduisent des histoires humaines toujours riches en émotions.PHOTO M.F.

Il y a une dizaine d’années, Alfred Degioanni inaugurait le musée de la libération de la Provence installé dans le château du Pigeonnier qu’il venait de sauver de la démolition. Première et unique structure privée consacrée à l’événement dont on célèbre le 75eanniversaire, le musée est géré par l’association « Le Grenier du Soldat » créée en 1997 et présidée par Jean-Luc Devocelle.

À l’image de son créateur

C’est dès son enfance que le jeune Alfred se prend de passion pour cette période de notre histoire entretenue par les souvenirs de son grand-père. Kinésithérapeute de métier, il délaisse la profession pour consacrer sa vie à entretenir la mémoire de tous les combattants de l’époque, quel qu’en soit l’uniforme. Autodidacte, il est devenu spécialiste de l’identification des avions qui se sont « crashés » majoritairement à partir de l’année 1943 sur un territoire allant de la Drôme provençale au nord, à Nice à l’est et Montpelier à l’ouest. Ainsi, il a pu avec son équipe intervenir sur près de soixante sites référencés parmi la centaine de crashs comptabilisés. Récupérant moteurs, débris ou objets personnels entretenant le souvenir, tous contribuent à reconstituer auprès des survivants ou de leurs descendants une page de vie que les nombreuses scènes traduisent avec émotion en histoires humaines. Au cours de la visite, en arrêt devant une vitrine, monsieur Degioanni évoque celle d’un aviateur qui, s’étant posé sur le ventre à Marignane, a été identifié des années plus tard à partir de son parachute récupéré sur la décharge de Salon. Survivant et convié à visiter le musée, ce dernier retrouvait grâce à un débris portant un numéro l’un de ses compagnons disparus.

Ce 22 août sur la place Morgan, Alfred Degioanni entraînera l’un des derniers survivants à la découverte de l’exposition de matériel militaire ayant participé à la libération de la Provence. Gratuites, les visites se font par groupe sur rendez-vous, l’Office de Tourisme organisant ponctuellement des flâneries invitant à visiter ce musée extraordinaire.

Renseignements : musée de la libération de La Provence. Château du Pigeonnier. Quartier du Pont d’Avignon, 5 rue Kinet. Contact Alfred DEGIOANNI 04 90 56 23 07.

Le témoignage de Joséphine Pépin : « Vous ne pouvez même pas imaginer notre joie ce jour-là ! »

Joséphine Pépin, plus connue sous le nom de Fifi Passelaigue, a écrit un livre pour raconter ses souvenirs de la guerre.PHOTO R.K.

Joséphine Pépin, plus connue sous le nom de Fifi Passelaigue, connaît Salon mieux que personne. « Je suis née ici, j’ai vécu toute ma vie ici, et je mourrai ici« , martèle-t-elle. Exceptée une période réduite à Marseille, elle a vécu l’entièreté de l’occupation allemande à Salon.

« C’est impossible de ne pas s’en souvenir quand on l’a vécu, avoue cette arrière-grand-mère de 94 ans. Énormément de Salonais ont été mobilisés. Mon père en a fait partie. » Le conflit commence en 1940 alors que Joséphine n’a que 16 ans. Elle se marie un an plus tard, et travaille dans le commerce de ses beaux-parents. « Tout s’est compliqué avec l’arrivée des Allemands. C’était de plus en plus difficile de dormir la nuit, avec les sirènes et le bruit dans les rues. Bien entendu, il fallait respecter le couvre-feu à 19 h et ne pas sortir de chez soi le soir. Mais le plus dur, c’était d’apprendre tous les jours que telle ou telle personne avait été arrêtée ou fusillée. »

Elle se souvient d’un jour en particulier, juste avant la diffusion d’un film au cinéma Le Palace. « Tout le monde attendait le film, et finalement le bruit a couru que Marcel Roustan (le chef de la résistance salonaise, Ndlr) avait été arrêté. Il y a eu un grand mouvement de foule, et tout le monde est rentré chez soi. »

Lorsque l’on évoque finalement le 22 août 1944, jour de la libération à Salon, les yeux de Joséphine rougissent, et se remplissent de larmes. « Vous ne pouvez même pas imaginer notre joie ce jour-là ! Vous ne vous rendez pas compte. On a tellement attendu ce jour. Je me rappelle, j’étais chez des amis pour manger ensemble le midi. Et dans la rue, on a entendu crier « C’est fini ! Ils sont là ! C’est terminé ! » Les cloches sonnaient, tout le monde est sorti pour aller dans les rues. Nous n’avons pas dormi de la nuit. Et le lendemain non plus

 

Aller au contenu principal